Récidive et infractions routières : Guide complet

Récidive routière · Permis de conduire et véhicule
Récidive et infractions routières : Guide complet

En droit routier, la récidive légale désigne la situation dans laquelle une personne déjà condamnée définitivement commet un nouveau délit routier dans les conditions prévues par la loi. Selon les cas, ce nouveau délit peut être identique au premier ou lui être assimilé.

Les conséquences peuvent être lourdes : doublement des peines maximales, annulation du permis de conduire et confiscation du véhicule. Encore faut-il que la récidive soit juridiquement constituée.

Me Martin FAURE, avocat consacrant 100 % de son activité à la défense des automobilistes, fait le point sur la récidive en droit routier, ses conditions et ses conséquences.

Peines maximales × 2 Emprisonnement et amende
Permis de conduire Annulation De plein droit pour plusieurs récidives
Véhicule Confiscation Obligatoire en principe dans plusieurs cas
Délai de récidive 5 ans À compter de l’expiration ou de la prescription de la peine

Par Me Martin FAURE, avocat au Barreau de Montpellier · Mise à jour : 6 septembre 2026.

À retenir

La récidive doit être vérifiée, pas supposée. Il faut retrouver la première condamnation, vérifier qu’elle était définitive avant les nouveaux faits, calculer correctement le délai et déterminer si les deux infractions sont identiques ou légalement assimilées.

Une erreur sur l’un de ces points peut faire disparaître le doublement des peines et, selon l’infraction, certaines conséquences automatiques sur le permis ou le véhicule.

01
Les conséquences

Pourquoi la récidive change-t-elle autant un dossier routier ?

Elle ne se limite pas à faire apparaître un antécédent devant le tribunal. Elle modifie directement les peines encourues.

L’article 132-10 du Code pénal prévoit que, lorsque la récidive délictuelle est constituée, le maximum de l’emprisonnement et de l’amende est doublé.

Ce doublement ne signifie pas que le tribunal doit prononcer le double de la première peine. Il augmente le plafond des sanctions possibles. Le Code de la route prévoit en plus, pour certaines infractions, des conséquences spécifiques sur le permis de conduire et le véhicule.

L’enjeu concret

Permis annulé, voiture confisquée : la récidive peut avoir des conséquences immédiates sur la vie quotidienne

Pour un conducteur qui dépend de son permis pour travailler, l’enjeu principal est souvent là. C’est pourquoi la qualification de récidive doit être contrôlée avant de discuter seulement du montant de l’amende ou de la peine à l’audience.

02
Quand y a-t-il récidive ?

Les trois conditions de la récidive légale

La récidive n’est constituée que si les trois conditions sont réunies.

01 · Première condamnation

Une condamnation définitive

La première infraction doit avoir donné lieu à une condamnation devenue définitive avant la commission des nouveaux faits.

02 · Nature des infractions

Le même délit ou un délit assimilé

Le nouveau délit doit être identique au premier ou être considéré par la loi comme une seule et même infraction au regard de la récidive.

03 · Délai

Des nouveaux faits commis dans le délai légal

Pour l’article 132-10, il faut déterminer l’expiration ou la prescription de la précédente peine, puis compter cinq ans.

1. Une condamnation définitive doit précéder les nouveaux faits

Un contrôle antérieur ou une procédure encore en cours ne suffit pas. Si les nouveaux faits ont été commis avant que la première condamnation soit devenue définitive, cette condamnation ne peut pas constituer le premier terme de la récidive.

2. Les deux délits doivent être identiques ou légalement assimilés

La récidive peut résulter de deux délits identiques. Mais le Code pénal considère également plusieurs délits routiers différents comme une seule et même infraction. La liste exhaustive de ces assimilations figure dans la partie suivante.

3. Il faut déterminer jusqu’à quelle date la première condamnation peut produire un effet de récidive

Une fois la première condamnation devenue définitive, elle peut constituer le premier terme de la récidive. Pour déterminer la date limite, l’article 132-10 du Code pénal impose de partir de l’expiration ou de la prescription de la précédente peine, puis de compter cinq ans.

1
Condamnation définitive

La première condamnation peut servir de premier terme.

2
Expiration ou prescription de la peine

C’est le point de départ du délai de cinq ans prévu par l’article 132-10.

3
Cinq ans plus tard

La période de récidive attachée à cette première condamnation prend fin.

À retenir

L’importance de déterminer précisément le point de départ du délai de récidive

La date du jugement ne suffit pas. Il faut connaître la peine prononcée et déterminer quand elle a expiré ou s’est prescrite. Cette différence peut prolonger très sensiblement la période pendant laquelle une ancienne condamnation peut être retenue.

2014Cour de cassation

Avec un sursis, la récidive peut rester possible pendant près de dix ans

La Cour de cassation a jugé que le délai de cinq ans ne court pas à compter du jour où la première condamnation devient définitive, mais à compter de l’expiration ou de la prescription de la peine. Pour une condamnation assortie d’un sursis simple, elle retient comme point de départ le jour où la condamnation devient non avenue.

Exemple : si une condamnation assortie d’un sursis simple devient non avenue cinq ans après avoir été prononcée, le délai de récidive de cinq ans ne commence qu’à ce moment-là. Dans cette configuration, la première condamnation peut donc produire un effet de récidive pendant une période qui approche dix ans à compter de son caractère définitif.

Cass. crim., 14 octobre 2014, n° 13-87.636

Et après une condamnation pour un délit puni de dix ans ?

L’article 132-10 n’est pas le seul régime de récidive applicable en droit routier. Lorsqu’une personne a déjà été condamnée définitivement pour un crime ou un délit puni de dix ans d’emprisonnement, l’article 132-9 du Code pénal prévoit un régime plus large.

Si elle commet ensuite, dans les cinq ans suivant l’expiration ou la prescription de la précédente peine, un délit puni de plus d’un an et de moins de dix ans d’emprisonnement, les peines maximales sont doublées.

Dans ce cas, il n’est pas nécessaire que les deux infractions soient identiques ou assimilées. Cette règle peut notamment présenter un intérêt après une condamnation pour homicide routier puni de dix ans d’emprisonnement.

03
Article 132-16-2 du Code pénal

Quelles infractions sont assimilées pour la récidive ?

Le texte ne se contente pas de rapprocher des infractions : il les considère, pour la récidive, comme une seule et même infraction.

Les 13 délits routiers considérés comme une seule et même infraction

Dans sa rédaction actuelle, l’article 132-16-2 du Code pénal vise exactement les treize références suivantes. La liste ci-dessous reprend chacune de ces infractions avec son intitulé et son contenu.

L. 221-2

Conduite sans permis

Conduire un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule.

L. 223-5

Conduite malgré invalidation ou refus de restituer

Conduire après l’injonction de restituer un permis invalidé pour solde de points nul, ou refuser de remettre le permis à l’autorité administrative.

L. 224-16

Conduite malgré rétention, suspension, annulation ou interdiction

Conduire malgré la notification d’une mesure de rétention, d’une suspension ou d’une annulation du permis, ou malgré une interdiction d’obtenir le permis.

L. 224-17

Refus de restituer un permis

Refuser de restituer un permis suspendu ou annulé après notification de la décision.

L. 233-1

Refus d’obtempérer simple

Omettre volontairement d’obtempérer à une sommation de s’arrêter émanant d’un agent compétent et identifiable.

L. 233-1-1

Refus d’obtempérer aggravé

Refus d’obtempérer commis dans des circonstances exposant directement autrui ou un agent à un risque de mort ou de blessures très graves.

L. 234-1

Conduite sous l’empire d’un état alcoolique

Conduite avec une concentration d’alcool égale ou supérieure au seuil délictuel prévu par le Code de la route.

L. 234-8

Refus des vérifications d’alcoolémie

Refus de se soumettre aux vérifications destinées à établir l’état alcoolique.

L. 234-16

Violation d’une obligation liée à l’EAD

Conduire un véhicule non équipé d’un éthylotest antidémarrage malgré l’interdiction applicable.

L. 235-1

Conduite après usage de stupéfiants

Conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, établie dans les conditions prévues par le Code de la route.

L. 235-3

Refus des vérifications de stupéfiants

Refus de se soumettre aux vérifications destinées à établir l’usage de stupéfiants.

L. 413-1

Excès de vitesse d’au moins 50 km/h

Dépassement d’au moins 50 km/h de la vitesse maximale autorisée.

434-41 CP

Violation d’une peine ou d’une interdiction judiciaire

Violation de certaines obligations ou interdictions prononcées par une juridiction, notamment en matière de suspension ou d’annulation du permis et d’interdiction de conduire.

Conséquence

Il n’est donc pas nécessaire de commettre deux fois le même délit

Une condamnation définitive pour l’un de ces treize délits peut constituer le premier terme avant un autre délit de cette même liste, à condition que les autres règles de la récidive soient réunies et que l’assimilation ait été applicable à la date des nouveaux faits.

Les 6 délits d’homicide et de blessures également assimilés entre eux

Le premier alinéa de l’article 132-16-2 forme un second groupe, composé des six infractions suivantes :

221-6-1 CP

Homicide involontaire commis par un conducteur

Homicide involontaire commis à l’occasion de la conduite d’un véhicule terrestre à moteur.

222-19-1 CP

Blessures involontaires avec ITT supérieure à trois mois

Atteinte involontaire à l’intégrité de la personne commise par un conducteur et ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois.

222-20-1 CP

Blessures involontaires avec ITT inférieure ou égale à trois mois

Atteinte involontaire commise par un conducteur et ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à trois mois.

221-18 CP

Homicide routier

Délit d’homicide routier créé par la loi du 9 juillet 2025.

221-19 CP

Blessures routières avec ITT supérieure à trois mois

Délit de blessures routières ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois.

221-20 CP

Blessures routières avec ITT inférieure ou égale à trois mois

Délit de blessures routières ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à trois mois.

Le lien entre les deux groupes fonctionne dans un seul sens

Les treize délits routiers de la première liste sont également assimilés aux six délits d’homicide et de blessures lorsqu’un des treize délits constitue le second terme de la récidive. Une condamnation antérieure pour homicide ou blessures routiers peut donc, dans les conditions prévues par la loi, constituer le premier terme avant l’un de ces treize délits.

Le texte ne prévoit pas expressément l’assimilation inverse lorsque l’homicide ou les blessures constituent le second terme.

Le regard de Me FAURE · Réforme 2026

Le déplacement de l’ivresse manifeste vers l’article L. 237-1 ouvre un nouvel angle de défense sur la récidive

Jusqu’au 20 août 2026, la conduite en état d’ivresse manifeste figurait au II de l’article L. 234-1. Elle entrait donc dans la référence à L. 234-1 figurant à l’article 132-16-2. La loi du 18 août 2026 l’a retirée de L. 234-1 pour la transférer au nouvel article L. 237-1.

Or, L. 237-1 n’a pas été ajouté à la liste de l’article 132-16-2. Une ivresse manifeste poursuivie sous ce nouveau texte n’est donc plus expressément assimilée à une conduite sous l’empire d’un état alcoolique de l’article L. 234-1. En matière pénale, une assimilation pour la récidive ne peut pas être créée par analogie.

Pour des faits commis depuis le 20 août 2026, cette omission peut ainsi permettre de contester une récidive fondée sur une ancienne condamnation relevant d’un autre délit de la liste. Pour des faits antérieurs non encore définitivement jugés, l’application de la loi pénale plus douce peut également être discutée sur le fondement de l’article 112-1 du Code pénal. La réforme étant très récente, ce point devra être suivi à la lumière des premières décisions rendues.

04
Permis, prison, amende, véhicule

Quelles sanctions en cas de récidive routière ?

Cliquez sur une infraction pour afficher les principales conséquences de la récidive sur le permis de conduire et le véhicule.

Alcoolémie délictuelle / refus des vérificationsInfraction commise en récidive6 ans · 18 000 €
Permis

Annulation de plein droit ; régime EAD après l’obtention du nouveau permis dans les conditions prévues par le Code de la route.

Véhicule

Confiscation obligatoire du véhicule appartenant au conducteur, sauf décision spécialement motivée.

Usage de stupéfiants / refus des vérificationsInfraction commise en récidive6 ans · 18 000 €
Permis

Annulation de plein droit ; interdiction de solliciter un nouveau permis pendant trois ans au plus.

Véhicule

Confiscation obligatoire du véhicule appartenant au conducteur, sauf décision spécialement motivée.

Refus d’obtempérer simpleInfraction commise en récidive4 ans · 30 000 €
Permis

Annulation de plein droit en récidive ; interdiction de solliciter un nouveau permis pendant trois ans au plus.

Véhicule

Confiscation obligatoire dans les conditions prévues par le Code de la route, sauf décision spécialement motivée.

Excès de vitesse d’au moins 50 km/hInfraction commise en récidive6 mois · 7 500 €
Permis

Suspension ou annulation possibles ; l’annulation n’est pas automatique du seul fait de la récidive.

Véhicule

Confiscation obligatoire en récidive lorsque les conditions légales sont réunies, sauf décision spécialement motivée.

Conduite sans permisInfraction commise en récidive2 ans · 30 000 €
Permis

La récidive n’entraîne pas d’annulation automatique. Le tribunal peut notamment interdire la conduite de certains véhicules terrestres à moteur pendant cinq ans au plus.

Véhicule

Confiscation possible du véhicule utilisé si le condamné en est propriétaire. L’immobilisation du véhicule peut également être ordonnée.

Attention

La récidive ne double pas le nombre de points retirés

Le doublement prévu par l’article 132-10 concerne les maxima d’emprisonnement et d’amende. Il ne transforme pas, par exemple, un retrait de six points en retrait de douze points.

05
Défense

Comment contester une récidive routière ?

La qualification de récidive et la nouvelle procédure doivent être examinées séparément.

Vérification 01La première condamnation

Quelle infraction a été retenue ? Quelle décision a été rendue ? À quelle date est-elle devenue définitive ?

Vérification 02Le délai

Quelle peine a été prononcée ? À quelle date a-t-elle expiré ou s’est-elle prescrite ?

Vérification 03L’assimilation

Les deux délits sont-ils identiques ou considérés par la loi comme une seule et même infraction à la date des nouveaux faits ?

Vérification 04La régularité de la procédure

La nouvelle infraction est-elle caractérisée et les actes de la procédure ont-ils été régulièrement accomplis ?

Faire écarter une récidive mal retenue peut profondément modifier le dossier. Le doublement des maxima disparaît et, selon l’infraction, certaines conséquences attachées à l’état de récidive peuvent également être écartées.

Le Cabinet FAURE AVOCAT analyse tous les détails d’un dossier pour tenter d’y déceler une erreur ou une irrégularité : preuve de la conduite, analyses d’alcool ou de stupéfiants, régularité des prélèvements, identification du conducteur, notification d’une suspension ou d’une annulation, éléments constitutifs d’un refus d’obtempérer, selon les poursuites.

Le regard de Me FAURE

La récidive est elle-même un point de défense à part entière

La mention de la récidive sur une convocation ne suffit pas à la rendre incontestable. La première condamnation, son caractère définitif, la peine prononcée, le calcul du délai et l’assimilation retenue doivent être vérifiés avant l’audience.

Plus largement, la politique pénale routière s’est nettement durcie au cours des dernières années. Les textes ont multiplié les hypothèses d’annulation du permis et de confiscation obligatoire du véhicule. Dans la pratique du cabinet, la confiscation est également de plus en plus souvent sollicitée par les parquets dans leurs réquisitions. La défense du véhicule doit donc être anticipée au même titre que celle du permis.

06
Questions fréquentes

Récidive routière : les réponses essentielles

Deux contrôles positifs à l’alcool suffisent-ils pour être en récidive ?

Non. Une condamnation définitive doit être intervenue pour le premier dossier avant les nouveaux faits.

Une condamnation pour alcool peut-elle compter avant une conduite après usage de stupéfiants ?

Oui. Ces deux délits sont assimilés depuis la création de l’article 132-16-2 en 2003, sous réserve des autres conditions de la récidive.

Le délai est-il de cinq ans après le jugement ?

Non. L’article 132-10 vise cinq ans à compter de l’expiration ou de la prescription de la précédente peine.

Une ordonnance pénale peut-elle compter ?

Oui, lorsqu’elle est devenue définitive. Il faut notamment vérifier sa notification et l’absence d’opposition.

La voiture est-elle toujours confisquée en récidive ?

Non. Le régime varie selon l’infraction poursuivie, la propriété ou la libre disposition du véhicule et les éventuels droits d’un tiers.

Une poursuite en récidive peut engager votre permis de conduire et votre véhicule.

Faites prendre en charge votre dossier par un cabinet consacrant son activité au droit routier et à la défense des automobilistes. FAURE AVOCAT intervient dans toute la France pour analyser la récidive invoquée, la régularité de la procédure et les conséquences possibles sur le permis et le véhicule.

Voir également : alcool au volant · stupéfiants au volant · refus d’obtempérer.