Téléphone au volant et suspension de permis

Téléphone au volant et suspension de permis : règles 2026
Actualité du 8 septembre 2026 · Droit routier
Téléphone au volant et suspension de permis

Téléphone au volant et suspension de permis : depuis le 8 septembre 2026, le risque n’est plus seulement théorique dans plusieurs départements. Le ministère de l’Intérieur y a mis en avant une pratique encore peu connue : le préfet peut suspendre le permis de quinze jours à six mois, sans attendre le juge.1

On pourrait croire à une nouvelle sanction. Ce n’en est pas une. La suspension administrative du permis existe depuis des décennies. En 2026, certains préfets ont pourtant décidé d’utiliser plus souvent cette possibilité.

Dans quels cas le permis peut-il être suspendu ? Peut-il être pris dès le contrôle ? Et comment réagir ? Cet article reprend chaque étape, sans confondre l’amende, la décision du préfet et celle du tribunal.

Amende forfaitaire135 €Contravention de quatrième classe
Permis à points− 3 pointsLorsque l’infraction devient définitive
Préfet6 moisPlafond pour le téléphone seul
Tribunal3 ansPlafond de la suspension judiciaire

Par Me Martin FAURE, avocat au Barreau de Montpellier · Mise à jour : 15 septembre 2026.

À retenir

Si seul l'usage du téléphone au volant est reproché, les forces de l’ordre ne gardent normalement pas le permis imédiatement lors du contrôle. Le conducteur repart avec, mais il peut recevoir ensuite un courrier de la préfecture. La rétention — le fait de garder le permis sur place — suppose en principe une seconde infraction constatée au même moment, ou certaines circonstances liées à un accident.

01
Le point de départ

D’où vient l’annonce d’une suspension du permis pour téléphone au volant ?

Le ministère n’a créé ni une nouvelle sanction en 2026, ni le pouvoir de suspension du préfet en 2020. Il a rendu publique l’utilisation, pour le téléphone seul, d’un mécanisme administratif beaucoup plus ancien.

Tout part d’une publication du 8 septembre 2026 sur « Ma Sécurité », le site officiel de la police et de la gendarmerie nationales. Le message est clair : dans plusieurs départements, le conducteur ne risque plus seulement une amende et trois points. Le préfet peut aussi suspendre son permis de quinze jours à six mois, sans attendre le jugement.1

La publication cite les Landes, le Lot-et-Garonne, le Pas-de-Calais, la Charente-Maritime, les Deux-Sèvres, l’Yonne et l’Ardèche, sans présenter cette liste comme exhaustive. On ne peut donc pas parler d’un barème national appliqué partout de la même manière.

Pour justifier ce durcissement, le ministère insiste sur la distraction au volant. Il rappelle que le téléphone multiplie par trois le risque d’accident et que près de huit conducteurs sur dix déclarent encore l’utiliser en conduisant. Certains préfets ont donc décidé de recourir plus souvent à la suspension.1

Bien avant 2020 Le préfet peut déjà suspendre

Dans la version initiale du Code de la route adoptée en 2000, l’article L. 224-7 lui permet déjà de suspendre provisoirement un permis pour certaines infractions.19

22 mai 2020 Le téléphone entre dans le mécanisme

Le décret du 18 mai 2020 rend le téléphone tenu en main passible d’une suspension judiciaire. Le pouvoir général du préfet peut dès lors s’appliquer au téléphone seul.4

8 septembre 2026 Le durcissement devient public

Le ministère annonce que plusieurs préfectures utilisent désormais cette suspension pour le téléphone seul.1

En clair

Pourquoi le préfet peut-il intervenir avant le juge ?

La logique tient en deux textes. L’article L. 224-7 pose depuis longtemps la règle générale : lorsqu’une infraction peut entraîner une suspension du permis, le préfet peut prendre une mesure provisoire avant le jugement. En 2020, le décret a ajouté cette peine à l’infraction d’usage d’un téléphone tenu en main. Aucune seconde infraction n’est nécessaire et la mesure ne peut pas dépasser six mois.3419

Pourquoi l’expression « suspension immédiate » prête-t-elle à confusion ?

Le mot peut induire en erreur. Ici, « immédiate » signifie que le préfet peut agir sans attendre le jugement pénal. Cela ne signifie pas que l’agent prend nécessairement le permis pendant le contrôle. Si seul le téléphone est reproché, le conducteur le conserve en principe jusqu’à la réception d’un éventuel arrêté.

La situation est différente lorsqu’une seconde infraction, prévue par le Code de la route, est constatée au même moment. Les forces de l’ordre peuvent alors garder le permis sur place. Le préfet dispose ensuite de 72 heures pour décider d’une suspension.

À ne pas confondre : la loi du 18 août 2026 a bien modifié plusieurs règles de suspension, notamment en matière de stupéfiants et de rodéos motorisés. Mais elle n’a pas créé la suspension pour téléphone au volant.5

15 jours n’est pas un minimum légal

Le ministère évoque des suspensions « de 15 jours à 6 mois ». Le Code de la route fixe bien un maximum de six mois pour le téléphone seul. En revanche, il ne prévoit aucun minimum national de quinze jours. Cette durée vient de la pratique annoncée par certaines préfectures.

La règle est donc nationale, mais son usage varie encore d’un département à l’autre. Même dans les préfectures les plus strictes, la suspension n’est pas automatique : chaque dossier doit être examiné individuellement.

02
Le comportement interdit

Que signifie exactement « usage d’un téléphone tenu en main » ?

L’infraction ne se limite pas aux appels : lire un message ou ouvrir une application peut suffire.

L’interdiction vise le téléphone que le conducteur tient en main pendant qu’il conduit. Aucun appel n’est nécessaire. Lire un message, consulter une notification, composer un numéro ou ouvrir une application peut suffire. C’est l’infraction prévue par l’article R. 412-6-1 du Code de la route.2

Pour la Cour de cassation, « utiliser » le téléphone signifie activer l’une de ses fonctions. Dès 2011, elle a ainsi validé la condamnation d’un conducteur qui manipulait le clavier de son téléphone pour consulter ses SMS.6

Avoir son téléphone dans la voiture n’est pas une infraction

La seule présence du téléphone dans l’habitacle ne suffit pas. Il faut qu’il ait été utilisé et tenu en main.

En pratique, le procès-verbal reste cependant déterminant. Si l’agent indique avoir vu « l’usage d’un téléphone tenu en main », sa constatation est tenue pour exacte. Pour la contredire, il faut en principe produire un écrit ou un témoignage. L’agent n’a pas à préciser dans quelle main se trouvait l’appareil.7

Au feu rouge ou dans un bouchon, l’interdiction continue

Un véhicule arrêté à cause de la circulation reste juridiquement « en circulation ». Le feu rouge, le stop ou l’embouteillage n’autorisent donc pas le conducteur à consulter son téléphone.

Moteur coupé sur le bas-côté : attention

Couper le moteur ne suffit pas davantage. En 2018, la Cour de cassation a considéré qu’une voiture arrêtée sur une voie de circulation restait « en circulation », même avec les feux de détresse allumés.

Pour utiliser son téléphone, il faut donc, en principe, se garer sur un emplacement régulier. Seule une immobilisation imposée par un événement de force majeure relève d’une situation différente.8

Oreillettes, casque audio et téléphone fixé

  • Oreillette, écouteur ou casque : ils sont interdits dès lors qu’ils peuvent émettre du son. Seuls les appareils correcteurs de surdité échappent à cette règle. L’interdiction vaut même lorsque le téléphone n’est pas tenu en main.2
  • Kit intégré ou haut-parleur : ils ne sont pas interdits en eux-mêmes. Le conducteur doit toutefois rester attentif et maître de son véhicule.
  • Téléphone fixé sur un support : tant qu’il reste fixé, il n’est pas « tenu en main ». Cela n’autorise pas pour autant toutes les manipulations. Une conduite inattentive peut être sanctionnée sur le fondement de l’article R. 412-6. Certains écrans placés dans le champ de vision sont également interdits par l’article R. 412-6-2 lorsqu’ils ne servent ni à la conduite ni à la navigation.9
03
Le barème complet

Téléphone au volant et suspension de permis : quelles sanctions ?

Ces conséquences ne sont pas décidées au même moment ni par la même autorité.

Le durcissement annoncé en 2026 ne remplace pas les sanctions habituelles. L’amende et le retrait de trois points restent applicables. Une suspension décidée par le préfet peut désormais s’y ajouter.

Sanctions encourues pour le téléphone tenu en main
ConséquenceRèglePoint de vigilance
Amende minorée90 € en cas de paiement dans le délai prévuPayer empêche ensuite de contester l’infraction.
Amende forfaitaire135 €Contravention de 4e classe.
Amende majorée375 €En cas de paiement tardif, si l’avis a été régulièrement notifié.
Maximum au tribunal750 €Ce plafond peut être appliqué si l’affaire est jugée.
PointsRetrait de 3 pointsLes points ne sont pas retirés matériellement pendant le contrôle.
Suspension administrativeJusqu’à 6 mois pour le téléphone seulSeul le préfet peut la décider. L’agent ne la prononce pas.
Suspension judiciaireJusqu’à 3 ansLe tribunal la prononce et peut préserver la conduite professionnelle.

Payer l’amende n’est pas un simple règlement : le paiement vaut reconnaissance de l’infraction. Il ferme la contestation et entraîne ensuite le retrait des trois points. Le cabinet présente plus largement les règles applicables à la contestation des contraventions routières et aux retraits de points.10

Permis probatoire

En période probatoire, la perte de trois points entraîne l’envoi de la lettre 48N et l’obligation d’effectuer un stage dans les quatre mois. Si le permis ne compte encore que six points, cette seule infraction en fait perdre la moitié. Les règles du stage de récupération de points pendant une suspension sont détaillées dans un article distinct.11

Lorsque plusieurs infractions sont commises en même temps, les retraits de points se cumulent dans la limite de huit points. Ainsi, un téléphone tenu en main accompagné d’un franchissement de feu rouge peut entraîner la rétention du permis, une suspension et un retrait de points important.

04
Rétention, préfet ou tribunal

Suspension de permis pour téléphone au volant : les trois voies possibles

Le mot « suspension » recouvre plusieurs situations. Il faut d’abord savoir qui a pris la décision et à quel moment.

Un dossier de téléphone au volant et suspension de permis peut suivre trois voies distinctes. On confond souvent la rétention, la suspension du préfet et celle du tribunal. Pourtant, ces mesures n’interviennent ni au même moment ni de la même manière.

Au bord de la route La rétention

Les forces de l’ordre gardent le permis après le contrôle. Dans le cas traité ici, cette mesure provisoire dure au plus 72 heures.

Avant le jugement La suspension administrative

Le préfet interdit temporairement de conduire, sans se prononcer définitivement sur la culpabilité.

Après examen de l’affaire La suspension judiciaire

Le tribunal juge l’infraction. S’il condamne le conducteur, il peut prononcer une suspension comme peine.

La première question à poser est très concrète : les forces de l’ordre ont-elles gardé le permis ? Si seul le téléphone est reproché, la réponse est normalement non. Cela n’empêche pas le préfet de prononcer une suspension quelques jours ou quelques semaines plus tard.

Les procédures à ne pas confondre
SituationAu bord de la routeAutorité et délaiDurée maximale
Téléphone seul
Article L. 224-7
Les forces de l’ordre ne gardent normalement pas le permis. Le conducteur repart avec. Après réception du procès-verbal, le préfet doit en principe laisser le conducteur présenter ses observations avant de décider. 6 mois
Téléphone + infraction listée
Articles L. 224-1 et L. 224-2
Si le véhicule est intercepté, les forces de l’ordre peuvent garder le permis. Le préfet a 72 heures pour décider. Passé ce délai, le permis doit être remis à disposition. Une suspension ultérieure reste toutefois possible. 6 mois en principe
Suspension judiciaire
Article R. 412-6-1
Elle n’est pas décidée par les forces de l’ordre. Le tribunal de police peut la prononcer après avoir examiné l’infraction et entendu les parties. 3 ans

Téléphone seul : le permis peut être suspendu après le contrôle

Depuis le 22 mai 2020, le téléphone tenu en main fait partie des infractions pour lesquelles une suspension est prévue. L’article L. 224-7 permet donc au préfet d’agir après avoir reçu le procès-verbal. Le permis peut ainsi être suspendu alors même que le conducteur est reparti avec après le contrôle.3

Téléphone et seconde infraction : le permis peut être gardé sur place

La réponse change lorsqu’une seconde infraction, précisément prévue par le Code de la route, est relevée au même moment. Si le véhicule est intercepté, les forces de l’ordre peuvent alors garder le permis. Le préfet dispose de 72 heures pour prononcer une suspension.312

Il existe aussi un cas particulier après un accident ayant causé un décès ou des blessures. S’il existe des raisons plausibles de soupçonner l’usage du téléphone, le permis peut être retenu. Le préfet ne pourra ensuite le suspendre que si le procès-verbal confirme l’infraction.

Devant le tribunal, la suspension peut atteindre trois ans

Si l’affaire est jugée par le tribunal de police, la suspension peut aller jusqu’à trois ans. Le juge peut toutefois préserver la conduite professionnelle et limiter la suspension aux autres déplacements. Cet aménagement, souvent appelé « permis blanc », reste une possibilité, jamais un droit.2

05
Téléphone et seconde infraction

Quand le permis peut-il être retenu immédiatement ?

Pour un téléphone au volant, les forces de l’ordre ne peuvent garder le permis que dans des cas précis.

L’article R. 224-19-1 donne la liste précise des infractions qui, ajoutées au téléphone, permettent de retenir le permis. Une simple appréciation générale de « conduite dangereuse » ne suffit pas.12

Seconde infraction permettant la rétention lorsqu’elle est constatée avec le téléphone
CatégorieExemples usuelsTextes visés
Conduite et changement de directionMauvaise position sur la chaussée, changement de direction irrégulierR. 412-9 et R. 412-10
Distances de sécuritéDistance insuffisante avec le véhicule qui précèdeR. 412-12
Lignes continuesChevauchement ou franchissementR. 412-19 et R. 412-22
FeuxFeu rouge ou signal lumineux imposant l’arrêtR. 412-30 et R. 412-31
VitesseExcès de vitesse ou vitesse excessive eu égard aux circonstancesL. 413-1, R. 413-14 et R. 413-17
DépassementPlusieurs dépassements interdits ou dangereux visés par le codeR. 414-4, R. 414-6, R. 414-7, R. 414-11 et R. 414-16
Stop et cédez-le-passageNon-respect de l’arrêt ou de la priorité imposéeR. 415-6 et R. 415-7
Priorité des piétonsRefus de priorité à un piéton régulièrement engagé ou manifestant clairement son intentionR. 415-11

Deux conditions doivent être vérifiées. Le téléphone et la seconde infraction doivent avoir été constatés au même moment. Le véhicule doit aussi avoir été intercepté. Le procès-verbal doit donc nommer précisément la seconde infraction : la seule mention d’une conduite « imprudente » ne suffit pas.

Conducteurs professionnels de transport de personnes

Dans certains cas relevant de l’article L. 224-2, la durée maximale peut être doublée pour les conducteurs professionnels de transport de personnes. Cette règle ne s’applique pas au téléphone seul traité par l’article L. 224-7 : le maximum reste alors de six mois. Le besoin de conduire pour travailler n’empêche pas la suspension. Il peut toutefois peser sur sa durée ou permettre de démontrer l’urgence devant le juge.

06
Article L. 224-7

Comment se déroule la suspension préfectorale pour téléphone seul ?

Du contrôle à l’arrêté de suspension, la préfecture doit respecter plusieurs étapes.

  1. L’agent dresse le procès-verbal. Même s’il ne garde pas le permis, il peut transmettre le procès-verbal au préfet.
  2. Le préfet examine le dossier. Il peut ne pas donner suite, adresser un avertissement ou envisager une suspension. Rien n’est automatique.
  3. Le conducteur doit normalement pouvoir répondre. Avant de décider, le préfet l’informe du projet de suspension et recueille ses observations. C’est la procédure contradictoire. Seule une urgence réellement établie permet de s’en passer.13
  4. L’arrêté doit expliquer la décision. Il doit indiquer les règles appliquées, les faits retenus et les raisons qui justifient la durée choisie.
  5. La suspension commence lors de la notification. Si le permis n’a pas déjà été retenu, le conducteur doit alors le remettre selon les modalités indiquées.
  6. L’amende et les points suivent une autre procédure. Le préfet ne juge pas définitivement l’infraction. L’avis de contravention et une éventuelle audience suivent leur propre cours.

Dès que l’arrêté arrive, il faut relever sa date de notification, sa durée, l’identité de son signataire, les délais de recours et la description des faits. Ces mentions fixent le début de l’interdiction de conduire. Elles peuvent aussi révéler une erreur utile à la défense.

Ne pas conduire après notification

Contester l’arrêté n’autorise pas à reconduire. Après notification, conduire malgré la suspension constitue un délit. Les peines peuvent atteindre deux ans d’emprisonnement et 4 500 € d’amende, avec un retrait de six points et d’autres sanctions possibles.14

Le préfet peut-il appliquer automatiquement un barème à tous les conducteurs ?

Non. Une préfecture peut adopter une ligne plus sévère, mais elle ne peut pas suspendre tous les permis de façon mécanique. Le préfet doit regarder les circonstances du contrôle et la situation du conducteur. Il doit ensuite expliquer sa décision.

Le principe : le conducteur doit pouvoir présenter ses observations avant la suspension

Le Conseil d’État l’a rappelé dans une décision du 24 mai 2024. Avant de suspendre un permis sur le fondement de l’article L. 224-7, le préfet doit normalement prévenir le conducteur et lui laisser le temps de répondre. C’est la procédure contradictoire préalable.13

Le préfet ne peut écarter cette étape que si l’attente crée un risque grave pour le conducteur ou pour les autres. Dans l’affaire jugée, qui concernait le cannabis et non le téléphone, la suspension avait été prise dix jours après un contrôle de routine. Le Conseil d’État l’a annulée, car l’urgence n’était pas démontrée.

Application au téléphone seul

L’affaire ne concernait pas le téléphone, mais la règle vaut pour toutes les suspensions fondées sur l’article L. 224-7. Pour un usage isolé, sans accident ni seconde infraction, une référence générale à la sécurité routière ne suffit donc pas. Le préfet doit expliquer pourquoi le dossier présente une véritable urgence.

Que mettre dans les observations préalables ?

Il faut répondre dans le délai donné, sans se contenter d’affirmer que le permis est indispensable. Les observations peuvent notamment porter sur :

  • la contestation précise des faits : appareil non tenu, absence d’usage, véhicule régulièrement stationné, erreur d’identification ;
  • les circonstances du contrôle : absence d’accident, de manœuvre dangereuse et de seconde infraction ;
  • l’ancienneté et la nature des éventuels antécédents routiers ;
  • les conséquences concrètes et justifiées d’une suspension sur l’emploi, l’entreprise, les soins, la famille ou la mobilité ;
  • une demande principale d’absence de suspension et, à défaut, un avertissement ou une durée réduite.

La préfecture peut s’appuyer sur un barème interne. Elle ne peut toutefois pas l’appliquer aveuglément. Plus la suspension est longue, plus les raisons avancées doivent être précises et tenir compte de la situation réelle du conducteur.

07
Défense pénale et administrative

Comment contester une suspension de permis pour téléphone au volant ?

Contester l’amende ne suffit pas à faire disparaître la suspension, et inversement.

Dans un dossier de téléphone au volant et suspension de permis, la défense se joue souvent sur deux fronts. L’amende se conteste d’abord devant l’officier du ministère public, puis éventuellement devant le tribunal de police. L’arrêté du préfet se conteste devant le tribunal administratif. Une victoire sur l’un de ces terrains ne fait pas automatiquement disparaître l’autre décision.

Quelle contestation engager selon la décision reçue ?
Acte contestéVoieEffet immédiat
Avis de contraventionRequête en exonération adressée à l’officier du ministère public (OMP), en principe dans les 45 jours. L’affaire peut ensuite être portée devant le tribunal de police.La consignation parfois demandée n’est pas un paiement et ne déclenche pas le retrait de points.
Arrêté préfectoralDemande au préfet de revoir sa décision et/ou recours en annulation devant le tribunal administratif, en principe dans les deux mois.Le recours n’autorise pas à reconduire.
Besoin urgent de reconduireRéféré-suspension, c’est-à-dire une procédure d’urgence, accompagné d’un recours en annulation séparé.Le juge peut suspendre provisoirement l’arrêté si l’urgence et un doute sérieux sur sa légalité sont démontrés.

Contester l’infraction : ne pas payer avant d’avoir choisi

Avant de payer, il faut avoir choisi. Le paiement vaut reconnaissance de l’infraction et empêche ensuite de contester l’avis. Le délai habituel pour adresser une requête en exonération est de 45 jours à compter de l’envoi de l’avis.10

Une consignation peut parfois être demandée. Elle doit alors être versée selon les indications de l’avis, mais elle ne vaut ni paiement ni reconnaissance de l’infraction. Il ne faut donc pas confondre les deux.

Comment contredire le procès-verbal ?

Sur la preuve, le conducteur part avec un désavantage : les constatations régulières de l’agent sont tenues pour exactes jusqu’à preuve contraire. Une simple dénégation suffit rarement.

Il faut rechercher des éléments concrets : un témoignage précis, une photographie des lieux, une preuve de stationnement, une vidéo obtenue légalement ou une contradiction dans le procès-verbal. Un relevé d’appels ne règle pas tout, car le téléphone a pu être utilisé pour lire un message ou ouvrir une application.67

Le référé-suspension : l’outil adapté lorsque le temps compte

Le recours en annulation n’interrompt pas la suspension pendant l’attente du jugement. Si le conducteur doit pouvoir reconduire rapidement, il faut généralement déposer en parallèle un référé-suspension. Deux éléments doivent être démontrés : une atteinte grave et immédiate à sa situation, puis un argument faisant naître un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté.15

Dire « j’ai besoin de mon permis pour travailler » ne suffit pas. Il faut produire des pièces : contrat de travail, attestation détaillée de l’employeur, risque de licenciement ou absence de transports. Les déplacements qu’aucun collègue ne peut assurer, ainsi que les obligations familiales ou médicales, doivent également être justifiés.

Une indemnisation est-elle possible après une suspension illégale ?

Oui, à condition de prouver une faute de l’administration, un préjudice et un lien entre les deux. Le 17 juin 2026, le Conseil d’État a ainsi homologué un accord prévoyant une indemnisation de 6 143 € après l’annulation d’une suspension de six mois. L’affaire ne concernait pas le téléphone, mais une relaxe liée à l’irrégularité du procès-verbal.17

Cette décision ne fixe aucun barème. Elle confirme simplement qu’une suspension illégale peut ouvrir droit à réparation lorsque le préjudice est démontré.

08
Fin de mesure et formalités

Comment récupérer son permis après la suspension ?

La date de fin inscrite sur l’arrêté ne suffit pas toujours pour reprendre le volant.

Avant de reprendre le volant, il faut regarder la durée exacte de la suspension. Les démarches ne sont pas les mêmes selon qu’elle dure un mois, plusieurs mois ou six mois.

Pour une infraction au téléphone, sans alcool ni stupéfiants, le contrôle médical se déroule en principe auprès d’un médecin de ville agréé. Ce médecin ne peut pas être le médecin traitant.18

Formalités nécessaires selon la durée de la suspension
Durée de suspensionFormalités principalesAnticipation
1 mois ou moinsPas de contrôle médical imposé du seul fait de cette suspension pour téléphone. Le permis est récupéré selon les indications de la préfecture.Vérifier le lieu et les modalités avant la date de fin.
Plus d’1 mois et moins de 6 moisContrôle médical auprès d’un médecin agréé, puis demande de restitution ou de fabrication sur France Titres.Prendre rendez-vous avant la fin de la suspension.
6 moisExamen psychotechnique, puis contrôle médical auprès d’un médecin agréé et démarche en ligne.Commencer les formalités environ un mois avant la fin.

La suspension administrative touche toutes les catégories du permis. Elle ne peut pas être aménagée pour permettre seulement les trajets professionnels. Au-delà d’un mois, un avis médical favorable est nécessaire. À partir de six mois, il faut aussi passer un examen psychotechnique avant le contrôle médical.18

Que devient la suspension lorsque le juge se prononce ?

La suspension du préfet reste provisoire. Si le juge prononce ensuite une suspension, sa décision remplace celle du préfet. La durée déjà effectuée est déduite de la peine.

À l’inverse, la mesure administrative est considérée comme non avenue en cas de non-lieu ou de relaxe. Il en va de même si le juge ne suspend pas le permis. Autrement dit, elle cesse juridiquement de produire ses effets, conformément à l’article L. 224-9.3

Il existe toutefois une difficulté lorsque l’amende forfaitaire est payée. Dans ce cas, aucun jugement ne vient normalement remplacer l’arrêté. La suspension administrative peut donc aller jusqu’à son terme, en plus du retrait de trois points.

09
Questions fréquentes

Téléphone au volant et suspension de permis : les réponses essentielles

Peut-on me prendre le permis sur-le-champ pour un téléphone tenu en main, sans autre infraction ?

En principe, non. Si seul le téléphone est reproché, les forces de l’ordre ne gardent normalement pas le permis. Le préfet peut toutefois le suspendre plus tard sur le fondement de l’article L. 224-7. La réponse change en présence d’une seconde infraction prévue par le code ou dans certaines circonstances d’accident.

Puis-je recevoir une suspension plusieurs jours ou semaines après le contrôle ?

Oui. Même si le conducteur est reparti avec son permis, le procès-verbal peut être transmis au préfet. Celui-ci doit normalement lui permettre de présenter ses observations avant de décider, sauf urgence réelle.

La suspension est-elle automatique dans les départements cités par le ministère ?

Non. L’article L. 224-7 donne au préfet une possibilité, pas une obligation. Même avec une politique locale stricte, il doit examiner le dossier, expliquer sa décision et respecter les droits du conducteur.

Téléphone au volant et suspension de permis : cette règle date-t-elle de 2020 ?

Non. Le pouvoir de suspension provisoire du préfet est bien plus ancien. Ce qui date du 22 mai 2020, c’est son application possible au téléphone tenu en main constaté seul. L’annonce de septembre 2026 révèle surtout que plusieurs préfectures ont décidé d’utiliser davantage cette possibilité.

Le téléphone au feu rouge est-il interdit ?

Oui. Même arrêté au feu rouge, le véhicule reste juridiquement en circulation. L’usage du téléphone tenu en main reste donc interdit.

Suis-je en règle si je coupe le moteur sur le bas-côté ?

Pas nécessairement. Une voiture arrêtée sur une voie de circulation peut rester juridiquement « en circulation », même avec le moteur coupé et les feux de détresse. Il faut, en principe, être garé sur un emplacement régulier, sauf cas de force majeure.

Un téléphone fixé sur un support est-il autorisé ?

Tant qu’il reste sur son support, le téléphone n’est pas « tenu en main ». Le conducteur doit néanmoins rester attentif et maître de son véhicule. Certains écrans placés dans le champ de vision sont aussi interdits lorsqu’ils ne servent ni à la conduite ni à la navigation.

Peut-on conserver le droit de conduire pour travailler ?

La suspension décidée par le préfet ne peut pas être aménagée. Devant le tribunal, le juge peut en revanche autoriser la conduite professionnelle et suspendre le permis pour les autres déplacements. Le conducteur ne peut toutefois pas l’exiger.

Un recours gracieux me permet-il de reconduire ?

Non. Demander au préfet de revoir sa décision n’autorise pas à reprendre le volant. Il faut attendre le retrait de l’arrêté, une décision favorable du juge des référés ou la fin de la suspension.

Dois-je payer l’amende si je veux contester ?

Non. Payer revient à reconnaître l’infraction et ferme la contestation. En revanche, une consignation peut être demandée dans certains dossiers : elle ne vaut pas paiement et ne déclenche pas, à elle seule, le retrait de points.

La carte grise à mon nom suffit-elle pour suspendre mon permis après une vidéo-verbalisation ?

Non, pas à elle seule. Le titulaire peut devoir payer l’amende sans être reconnu comme le conducteur : dans ce cas, il ne perd pas de point. Pour suspendre personnellement son permis, l’administration doit disposer d’éléments permettant de l’identifier comme conducteur.

Une suspension se défend souvent sur deux fronts

Contester l’amende ne suffit pas toujours à faire tomber l’arrêté du préfet. L’inverse est également vrai. Le Cabinet Faure Avocat, avocat en droit routier et permis de conduire à Montpellier, examine donc les faits, la procédure suivie par la préfecture et les recours qui peuvent être engagés sans attendre.

Les délais sont parfois très courts. Le dossier doit être analysé avant de payer l’amende et dès la réception du premier courrier préfectoral.

Sources officielles et jurisprudence · 19 références
  1. Ministère de l’Intérieur, « Le téléphone au volant peut vous coûter une suspension de permis », informations mises à jour le 8 septembre 2026.
  2. Code de la route, article R. 412-6-1, usage du téléphone tenu en main, dispositif porté à l’oreille, amende, suspension judiciaire et points.
  3. Code de la route, articles L. 224-1 à L. 224-18, rétention, suspensions administratives, articulation avec le juge et conduite malgré suspension.
  4. Décret n° 2020-605 du 18 mai 2020, notamment articles 6 et 10.
  5. Loi n° 2026-798 du 18 août 2026 et textes consolidés applicables depuis le 20 août 2026.
  6. Cour de cassation, chambre criminelle, 13 septembre 2011, n° 11-80.432, activation de toute fonction du téléphone.
  7. Cour de cassation, chambre criminelle, 27 mai 2015, n° 14-82.126, force probante du procès-verbal.
  8. Cour de cassation, chambre criminelle, 2 février 2018, n° 17-83.333, notion de véhicule en circulation.
  9. Code de la route, article R. 412-6-2, écrans dans le champ de vision.
  10. Service-Public, « Amende forfaitaire en cas de contravention au code de la route », paiement et contestation.
  11. Service-Public, « Stage de sensibilisation à la sécurité routière », permis probatoire et lettre 48N.
  12. Code de la route, article R. 224-19-1, liste des infractions simultanées permettant la rétention.
  13. Conseil d’État, 24 mai 2024, n° 474548, procédure contradictoire préalable et exception d’urgence sous l’article L. 224-7.
  14. Code de la route, article L. 224-16, conduite malgré rétention ou suspension.
  15. Code de justice administrative, article L. 521-1 et fiche Service-Public sur le référé-suspension.
  16. Code de la route, article L. 121-3 et article R. 121-6, responsabilité pécuniaire du titulaire.
  17. Conseil d’État, 17 juin 2026, n° 489764, homologation d’un accord d’indemnisation après suspension illégale.
  18. Service-Public, « Suspension administrative du permis de conduire », fiche vérifiée le 27 août 2026.
  19. Ordonnance n° 2000-930 du 22 septembre 2000 relative à la partie législative du Code de la route, version initiale de l’article L. 224-7.

Cette publication présente le droit applicable de manière générale à sa date de mise à jour. Elle ne remplace pas l’analyse des pièces, des dates de notification et des circonstances propres à un dossier.